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Mars 2009

L’ouverture du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême 2009 coïncidant avec la journée de grève nationale, le pire était à craindre. Cette 36e édition fut pourtant couronnée de succès puisque 225.000 entrées furent recensées : un record.
En terme de contenu, ce fut également une excellente cuvée avec un programme très riche qui nécessitait d’opérer des choix déchirants. Pour ma part, j’ai concentré toute mon attention aux expositions et aux rencontres, délaissant totalement les spectacles et la visite de la bulle où étaient concentrés les gros éditeurs.

Les grosses expositions (Dupuy et Berberian, Winshluss) furent à la hauteur des attentes. Outre leurs planches, les créateurs de Monsieur Jean et d’Henriette qui présidaient cette édition montraient leurs autres travaux (affiches de films, livres illustrés, pochettes de CD, étiquettes de vin, etc.) et avaient conçu une énorme machine à dessiner. Dans un coin, un tableau était à la disposition de tous pour y dessiner à la craie ; il fut étrenné par Trondheim et Berberian.
Pour mettre à l’honneur ses planches, Winshluss et ses amis des Requins Marteaux se sont une fois de plus montrés les plus inventifs : les originaux étaient accrochés au mur d’un lieu représentant un cimetière dans lequel on apercevait quelques tombes mentionnant le nom des dessinateurs ;  jouxtant cet espace, un crématorium diffusait un film inédit, mi-documentaire mi-série Z.
Parmi les expositions visitées, le seul flagrant ratage fut « La Maison Close », conçue par Ruppert & Mulot : si le concept de visiteurs/voyeurs tenait la route, il était bien malaisé d’apercevoir les dessins exposés à travers les œilletons disposés sur les murs.  
Toutes les autres expositions que j’ai pu découvrir étaient réussies, indépendamment de leur taille, de leur (éventuelle) scénographie et de la présentation ou non d’originaux. Déambuler dans un espace où des dessins et planches sont accrochés au mur permet de voir d’un œil neuf ce que l’on connaît déjà. C’est aussi l’occasion de découvrir des pans entiers de la BD mondiale mal connus, voire pas du tout s’il n’existe pas encore de traduction en français. Parmi les bonnes surprises : la BD flamande (fort variée et dont Nix, curieusement publié dans Spirou malgré un humour dévastateur, est la valeur montante), le collectif coréen Sai Comics, les dessinateurs sud-africains de Bitterkomix et les jeunes artistes français et étrangers accueillis en résidence à la Maison des Auteurs. Mention particulière pour les expos Shigeru Mizuki et Hiroshi Hirata, situées au Manga Building, un lieu totalement dédié aux mangas qui n’a jamais désempli.

Les Rencontres Internationales ont de nouveau permis à un public souvent nombreux de venir écouter quelques grandes pointures. Contrairement à l’année précédente, le choix des participants fut particulièrement riche : si Posy Simmonds et Giardino s’étaient déjà prêtés à cet exercice, Daniel Clowes, Adrian Tomine et Hiroshi Hirata avaient fait le déplacement à  Angoulême pour la première fois.
Les lieux abritant des spectacles ou des expositions organisaient souvent leurs propres rencontres tandis que le forum animé au sein de la bulle dite « Le Nouveau monde » (réservée aux romans graphiques, productions alternatives et aux fanzines) accueillait de nombreuses émissions de Radio-France enregistrées en public.
D’un point de vue général, les échanges furent très variés et souvent adaptés à la connaissance que le public pouvait avoir des invités et de leurs œuvres. La réussite d’un débat tient en partie aux choix des animateurs à privilégier, selon les cas, l’optique biographique ou la cuisine technique, et à la pertinence des questions. A propos des capacités d’animation des uns et des autres, si Pierre-Martin Baudry et Romain Brethes, par exemple, se débrouillent particulièrement bien, d’autres sont plus balbutiants et posent des questions peu compréhensibles, ou, au contraire, se sentent si sûr d’eux qu’ils se lancent dans de grandes envolées hors sujet, émaillent  leurs discours de lourdes parenthèses publicitaires à la manière d’animateurs de produits promotionnels de supermarché et ne portent pas la moindre attention au confort d’écoute ou de vision de l’assistance.

Parmi les rencontres proposées, celles de l’Hôtel du Palais se consacraient entièrement à l’autobiographie. J’avais très envie d’aller écouter Siné, invité en compagnie de Frédéric Poincelet et de Gipi, mais la salle, pas très grande, était archi-bondée et j’ai dû à regret rebrousser chemin. Il est très possible que la présence de Siné qui fut l’une des personnalités marquantes de l’année passée, ait attiré autant de curieux. La Charente Libre du samedi lui consacra d’ailleurs une page entière : l’humoriste y expliquait qu’il n’avait rien à foutre d’Angoulême et des festivals en général. J’ai donc loupé une opportunité exceptionnelle pour l’entendre parler de son travail et non plus seulement de ses procès.
Sur ce point, bien que je me sente plus proche, en général, des positions de Philippe Val que de celles de Siné dont j’ai trouvé les propos ambigus et déplaisants, je demeure quand même stupéfait par l’ampleur que continue de prendre cette affaire et par sa judiciarisation. J’ai la très désagréable impression que « l’affaire Siné » ne sert pas seulement à régler des comptes personnels et rejouer le conflit israélo-palestinien en miniature, mais aussi à tester les limites de la liberté d’expression.

A ce propos, il y a eu un incident à propos de Bitterkomix quand Gilles Ciment, directeur de la CIBDI [Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image] qui accueillait l’exposition, voulut retirer certaines images dont une de sodomie. Interrogé à ce propos, Romain Brethes, le commissaire de l’exposition, m’a parlé, en termes très mesurés, d’un « malentendu entre le Festival  qui m’a laissé une vraie liberté artistique et la CIBDI qui [en tant que lieu exposant] devait avoir le dernier mot sur la nature des images exposées. Personne ne voulait céder jusqu’à ce que la presse locale montre une image [litigieuse] qui pousse chacun à prendre ses responsabilités. Si l’image était montrée dans la presse et visible par une grande partie de la population, elle pouvait [a fortiori] l’être dans le cadre d’une exposition artistique. »  Le conflit se solda par un compromis : toutes les images furent conservées mais deux vigiles interdirent l’accès aux mineurs.
Je m’attendais à ce que ce problème soit abordé au moment des questions qui suivirent l’instructif débat avec quatre auteurs de Bitterkomix. Ce ne fut pas le cas, ce qui est regrettable, encore que cela permit de se concentrer entièrement sur la bande dessinée sud-africaine. En matière de censure, je suggère de préférer la lecture des livres et articles de Bernard Joubert aux débats convenus et plus encore aux joutes atterrantes des blogs.     

Le seul endroit où j’entendis des propos vifs et polémiques fut lors de la rencontre « Vive la crise ? Post-scriptum », faisant suite à l’université d’été de la CIBDI. Il fut beaucoup question du célèbre rapport annuel rédigé par le très critiqué Gilles Ratier, secrétaire de l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée, et de l’espèce de « contre-rapport » de Xavier Guilbert.
Bien que partageant globalement les avis et le pessimisme du second, il est dommage que le premier n’ait pas été présent pour défendre sa vision plus optimiste et répondre à quelques reproches infondés. La présence de Benoît Peeters permit heureusement d’échapper à une description qui menaçait parfois de virer à la caricature.
Pour avoir une vision de la situation la moins mauvaise possible, il est indispensable de confronter les deux rapports à la fois, sachant qu’il reste un certain nombre d’indicateurs essentiels qui ne sont jamais communiqués par les éditeurs. Chaque donnée chiffrée disponible doit donc être interprétée avec la plus extrême prudence, et pas seulement celles qui prêtent le flanc à une critique facile, comme les déclarations de tirage communiquées par les éditeurs. A ce propos, même si les chiffres sont bien évidemment susceptibles d’avoir été gonflés, il me semble qu’ils permettent quand même d’avoir à l’esprit d’utiles ordres de grandeur et que leur comparaison d’une année sur l’autre apporte une autre information point trop biaisée.
Les méthodes et les chiffrages de Xavier Guilbert ne sont pas non plus sans défaut. Ainsi, pour prendre un exemple, quand il écrit qu’il n’y a « pas d’inflation notable du nombre de productions des éditeurs dits indépendants » en ne se basant que sur la production de quatre maisons d’édition (L’Association, Les Requins Marteaux, Six Pieds Sous Terre et Cornélius), il passe sous silence la surproduction de ce segment, largement alimentée par le cumul des sorties des micro-éditeurs qui se sont multipliés ces dernières années.
Pour se faire une opinion, je renvoie aux rapports en question sur les sites www.acbd.fr et www.du9.org, sachant que derrière la bataille de chiffres, l’enjeu réel est de savoir si la situation économique a, ou aura, des répercussions en terme de production artistique.
Si vous avez des amis âgés qui n’ont pas internet, le rapport de Gilles Ratier a été repris (sans ses annexes chiffrées et graphiques) dans le n° 351 de Samizdat, le bulletin de la librairie Impressions (3,50 euros, 35 rue du Général de Gaulle, 95880 Enghien).

Pour clore ce bref compte-rendu, ajoutons pour mémoire la table ronde sur la BD gay animée par Jean-Paul Jennequin, avec de nombreux invités venus de divers pays, la projection de quelques images du futur Musée Hergé qui ouvrira au printemps prochain non loin de Bruxelles et le message filmé de Spielberg (qui venait de commercer le tournage de son adaptation de Tintin) spécifiquement adressé aux festivaliers. En revanche, la conférence de presse sur l’exposition parisienne consacrée sous peu à Tarzan  fut annulée au dernier moment.

Cette 33e édition s’acheva avec les remises de prix (meilleur album décerné à Winshluss pour son Pinocchio) tandis que le Grand Prix était attribué à Blutch.


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Neuvième Art  avait publié dans son numéro 14 de janvier 2008 un excellent dossier sur Blutch. Comme tout travail de fond, il n’a pas perdu, avec le temps, une once de sa valeur.
Pour le numéro 15, paru en janvier 2009, cette revue de référence publie un gros dossier Dupuy et Berberian pour rester dans l’actualité de ce tout début d’année, un dossier Fred et une série d’articles très variés sur les formes nouvelles de la bande dessinée populaire (anciens et nouveaux feuilletons, l’école Bonelli, l’intrusion du récit à suivre dans le comic book et une situation chiffrée et actualisée de l’industrie du manga). A noter le texte de Christian Rosset, « Tenir le mur », qui interroge le fait et la manière d’exposer planches et dessins.


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Le numéro 120 de HOP ! est consacré à Edouard Aidans, un pilier du Journal Tintin, connu pour ses séries Tounga et Les Franval. Au sommaire également : suite de la bibliographie de la revue Petits Moineaux et la dernière partie du dossier Marcello consacrée à Docteur Justice et à la période Pif Gadget.
7,60 euros + 1,65 euros de port ; chèque à l’ordre de AEMEGBD ; HOP ! 56 boulevard Lintilhac, 15000 Aurillac.


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Dans le numéro 64 du bulletin des librairies Canal BD, entretien avec Michel Jans à propos des 20 ans des éditions Mosquito qui publient des livres de grands auteurs italiens (Toppi, Battaglia et Micheluzzi) mais aussi un très bon western populaire : Esprit du Vent.

 



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